06/09

Anberber rentre en Éthiopie après de longues années d’absence. La situation n’a pas vraiment changée et le pays est passé d’une dictature à une autre, ce qui le pousse à remettre en question ses idéaux. C’est l’occasion pour revenir en arrière à travers les étapes qui ont forgé son intellectualisme socialiste : ses études de médecine en Allemagne et son premier retour où il devra confronter ses utopies avec la violence de la dictature marxiste. Lui qui rêvait de soigner ses compatriotes pour les sauver des maladies faisant ravages en Éthiopie, trouvera une meilleur voie pour recommencer à vivre dans ce pays qu’il ne parvient pas à aider.

C’est plus qu’un beau film. Que ce soit d’un point de vue visuel ou de celui moral, Teza ne cherche pas à compliquer les choses plus qu’elles ne le sont. C’est la grandeur d’un film conscient d’avoir un matériau qui se suffit à lui-même : Gerima laisse parler sa terre sans l’encombrer de mots. Pas un effet trop enjolivant, mais simplement une pratique du montage en flash-backs car le problème de Teza est avant tout celui de la mémoire. Anberber n’a plus de souvenirs quand il rentre chez lui, mais il va vite se rendre compte des raisons de ce blocage. Son impuissance et la vanité de ses préceptes politiques face aux problèmes de l’Éthiopie révèlent la faille cruelle qui se creuse entre une doctrine et son application, mais aussi la difficulté préalable de concilier une certaine naïveté occidentale avec la gravité d’une réalité toujours plus complexe. La preuve nous est donnée par l’incapacité d’Anberber de retrouver la mémoire par ses propres moyens médicaux, seul le rite éthiopien de l’eau glacée l’aidera. Aussi, c’est un vieux savant de sa tribu qui saura lui indiquer les raisons de sa frustration. Là où sa formation allemande serait censée l’avantager, il se retrouve de fait redevable aux pratiques ancestrales de ses origines. Par conséquent, bien qu’il soit lucide sur ses défauts, c’est dans ce monde qu’Aberber cherchera de nouvelles bases pour se reconstruire. Une triste et belle leçon de vie.

Oscar Duboy