05 / 09 / 08

Huanggua (Concombre) est découpé en chapitres séparés par des fondus au noir : ces fragments nous présentent alternativement les quotidiens de trois groupes de personnages, à Pékin. Lao Chen est un ouvrier au chômage, son fils adolescent est en conflit avec lui, sa femme le trompe depuis qu’il est impuissant. En attendant qu’un producteur finance le scénario qu’il a écrit, le jeune Xiao Chen erre ou joue aux jeux vidéos, entretenu par sa petite amie qui se prostitue à son insu. Da Chen, venu de la campagne avec sa femme muette et son petit garçon, vend illégalement des fruits et légumes dans la rue, sacrifiant tout pour que son fils puisse faire des études. Ces trois histoires sont indépendantes les unes des autres, les personnages ne se croisant que furtivement, le temps d’un plan ou d’un regard. Le concombre est le fil formel qui les relie, chacun des trois groupes étant associé à un plat à base du légume et l’achetant chez le même Da Chen. Zhou Yaowu dit avoir choisi le concombre parce qu’il ressemble aux gens qu’il filme en ce qu’on parle peu de lui malgré ses qualités. Les trois histoires se retrouvent surtout en étant trois déclinaisons de conditions de vie difficiles aujourd’hui à Pékin. Pauvreté, racket, prostitution, chômage, racisme…, le cinéaste dresse un sombre tableau de son pays, évoquant également les rapports entre générations. Malgré la pesanteur du sujet, Huanggua est un film gracieux. Dans les longs plans séquences, les personnages semblent s’adonner à un ballet : en gros plan ou tout petits, tantôt ils entrent et sortent du cadre fixe, tantôt la caméra se meut, les suit ou les laisse quitter le champ. Parfois, Zhou Yaowu coupe brutalement, presque au milieu d’une phrase, parfois il prend le temps de filmer ce qui vient après l’action, les paroles, le geste. Il explore également les potentialités du hors champs, n’a pas peur de faire durer un plan vide de présence humaine ou rend prégnant le chaos de la ville alentour. La diversité formelle au service de personnages très touchants, la finesse avec laquelle sont racontées ces histoires graves, font de Huangguam, dont l’auteur a suivi les cours de Jia Zhang Ke, un premier film prometteur.

Marion Pasquier