31/08

C’est le récit à la première personne de ce réalisateur américain parti au Paraguay avec femme et enfant pour récupérer un bébé adopté. Comme c’est souvent le cas dans ce type de tractations, ils vont se heurter à la lenteur des procédures tout en profitant de cette longue permanence pour s’adapter au pays et connaître un bout de son histoire. Petit à petit, sa curiosité va l’amener à se pencher sur la responsabilité américaine face aux dictatures qui ont miné le Paraguay.

L’aspect amateur – tourné en 16 mm – conféré par le film de famille joue ici un rôle à double tranchant. D’un côté, son caractère privé voire nombriliste peut déranger et réduire une portée qui aurait pu être universelle. Cependant, il sied parfaitement à cette forme de naïveté que les détracteurs ont coutume d’attribuer aux américains dès lorsqu’il s’agit de constater les dégâts de leur impérialisme. Cela dit, en tant qu’occidentaux nous sommes bien obligés de fédérer tant bien que mal sous ce regard un peu ébahi. Acceptée cette mise en garde préalable, In Paraguay devient un documentaire plaisant justement par l’humour pince-sans-rire de l’autodérision de McElwee. Aussi, la relative insouciance de son aventure familiale sert de balance avec la gravité des faits historiques racontés par-ci par-là comme dans un journal de bord où l’on passe du coq à l’âne au fil des pages. Après tout, c’est généralement en voyageant sans un but précis que l’on découvre tout à coup des choses qui viennent d’elle-même : quel intérêt y aurait-il eu d’organiser une expédition au Paraguay exprès dans le but d’en connaître l’histoire ? Force est de constater que nous suivons le film car nous nous y reconnaissons. Son récit aurait pu être le nôtre et nos indignations d’européens philanthropes avertis n’y feront rien.

Oscar Duboy