27/08

Voilà le film le plus attendu de cette Mostra, bien qu’il arrive en réalité d’entrée de jeu; avouons d’emblée que nos attentes sont comblées. Coupables d’alterner parfois les grands films avec des œuvres un peu embarrassantes comme Ladykillers, cette fois les Coen semblent avoir trouvé le secret de la constance. Après No Country for Old Men, Burn after Reading continue dans l’analyse de ce drôle de pays qu’est l’Amérique. Si le second est amusant, c’est que les deux frères ont choisi de l’affronter sur le mode comique voire satirique. La galerie des personnages est déjà haute en couleurs. John Malkovich (Mr Cox) est l’analyste très irascible d’un agent de la CIA. Tilda Swinton (Mrs Cox) est sa femme psychorigide qui décide de le larguer après son licenciement pour lui piquer toute sa fortune. George Clooney (Harry Pfarrer) est l’amant version middle class vaniteuse de cette dernière. Frances McDormand (Linda) s’occupe des relations publiques dans un gymnase et est obsédée par les opérations chirurgicales qu’elle se croit obligée de subir pour se sentir mieux et trouver l’homme de sa vie. Brad Pitt (Chad) est le personal trainer complètement survitaminé qui va l’aider dans son entreprise démentielle. L’intrigue est aussi farfelue puisqu’elle tourne autour d’un cd que Mrs Cox perd dans les vestiaires du gymnase. Tout le monde commence alors à lui donner la chasse. Il sert Mr Cox car il contient des dossiers professionnels secrets. Il sert à Harry et Mrs Cox car il contient les sommes que madame pourra demander dans le divorce. Mais c’est Linda qui l’a et elle compte le monnayer au plus offrant.

Evidemment, on rit beaucoup. Leur sens du gag emmène parfois les Coen sur le terrain d’un Hawks, mais ce ne sont pas tellement les comparaisons qui manquent. La caricature des personnages et des situations est poussée à l’extrême. Rendons d’ailleurs un hommage au casting qui excelle pour ce qui est de l’autodérision. Sans s’attarder sur les cas un par un, prenons un personnage au hasard en guise de démonstration. Mr Cox a fait Princeton et représente parfaitement le modèle bourgeois américain bien sûr de lui qui n’en a rien à faire de personne. Ses « fucks » et son ton arrogant fusent à chaque réplique. Et pourtant lui aussi se retrouve pris au piège dans cette charade que sont les services secrets, ambassades russes, etc. de fait, les seuls à tenir tête un tant soit peu à l’intelligentsia sont nos deux ploucs, Linda et Chad. Le constat reste donc inchangé depuis un certain temps, à savoir une société entièrement épiée où tout le mode contrôle tout le monde. Quelques uns pourront désormais trouver le message un peu désuet, il n’en reste qu’il est de plus en plus dangereusement véridique et que les Coen font partie des rares cas qui savent prendre parti de cette gravité pour la rendre hilarante. Et comme un festival nécessite aussi ses moments de rires, nous remercions Joel et Ethan Coen d’avoir rempli leur contrat avec mention.

Oscar Duboy