26/08

Avant même le début officiel des festivités qui aura lieu demain, voilà déjà un premier film qui se présente sous le regard impatient du public. Nowhere Man est un film de la réalisatrice belge Patrice Toye, présenté dans la section Giornate degli Autori. Comme le nom l’indique, nous sommes dans le domaine des auteurs, ce qui veut dire tout et rien à la fois. Un peu comme ce film. Il y est question de Tomas, un homme à la vie de famille tranquille mais assez atone pour le pousser dans ses doutes et lui donner envie d’autre chose. Il décide alors de changer de vie en se faisant passer pour mort, avant de s’apercevoir que cette nouvelle condition n’est pas à la hauteur de ses espérances. On ne sait pas trop comment définir le film, si ce n’est qu’on a tout de même l’impression du déjà vu. Le récit nous fait penser au Feu Mattia Pascal de Pirandello. L’ennui de l’ambiance petit-bourgeoise nous renvoie à du Sautet, sans être vraiment du Sautet car le décor pavillonnaire nous emmène plutôt dans n’importe quelle banlieue américaine vue aussi bien dans Edward aux mains d’argent que dans Broken Flowers. L’esthétique , elle, est assez « réalistiquement épurée » pour nous donner envie d’un film indépendant qui se détache un peu du sempiternel mini-drame existentiel sans dialogue ni fantaisie – le prix gagné cette année à Sundance n’y changera rien.

Peut-être Toye était-elle consciente de la relative platitude de son film quand elle décida d’insérer quelques séquences de Tomas en proie aux rêves et autres hallucinations. Ici le sable envahit sa chambre, là une femme à moitié nue joue du piano devant lui… Tout ça reste un peu vague et ne suffit pas à donner un ton à Nowhere Man. Ce qui est plus embêtant : ces séquences ne font que confondre le spectateur qui ne s’y retrouve plus à cause du manque total de différenciation du point de vue de la mise en scène. Au final, ça flotte beaucoup sans pour autant donner un sentiment d’aboutissement à la diégèse. Le film se termine sans que l’on ne sache quoi que ce soit de plus par rapport à la première minute. Pourtant, nous ne pouvons pas reprocher à la réalisatrice de ne pas faire preuve d’engagement stylistique vis-à-vis de son film, tellement elle cherche à tenir la corde raide pendant toute sa longueur. Ceci dit, cet exercice demande une habilité extrême sans laquelle le film tombe dans l’insipidité. En refusant la nuance, Patrice Toye a été un peu trop ambitieuse envers elle et son film un peu trop exigeant envers ses spectateurs.

Oscar Duboy